Yatru Malalao veut préserver les soins traditionnels à Mayotte
La médecine traditionnelle mahoraise repose sur des connaissances anciennes transmises principalement par la parole. Avec le colloque Yatru Malalao, les acteurs locaux souhaitent désormais mieux conserver ces pratiques, les transmettre aux nouvelles générations et réfléchir à leur avenir.
Les faits divers Mayotte aujourd’hui ne résument pas l’actualité de l’île
Lorsqu’on suit les faits divers Mayotte aujourd’hui, l’actualité locale est souvent dominée par les questions de sécurité, de société ou de vie quotidienne. Pourtant, d’autres sujets méritent également l’attention, notamment ceux qui touchent directement au patrimoine culturel et aux savoirs transmis depuis plusieurs générations. C’est dans cette perspective que le projet Yatru Malalao prend toute son importance.
Présenté par les organisateurs devant le Conseil de la Culture, de l’Environnement et de l’Éducation de Mayotte, ce premier colloque s’intéresse à la médecine traditionnelle pratiquée sur le territoire. Son objectif est simple : éviter que des connaissances précieuses disparaissent avec les personnes qui les détiennent. Les plantes médicinales, les méthodes de soins et les pratiques des fundi constituent en effet un patrimoine largement transmis oralement.
Le projet cherche donc à créer des traces, à recueillir des témoignages et à établir progressivement des références permettant de mieux comprendre ces pratiques. Cette démarche concerne à la fois la culture, la santé, la recherche et la transmission intergénérationnelle.
Un patrimoine encore très présent dans les familles
Contrairement à l’idée selon laquelle la médecine traditionnelle appartiendrait uniquement au passé, elle continue d’occuper une place dans le quotidien de nombreux habitants de Mayotte. Les fundi restent sollicités pour différents types de soins et certaines familles conservent leurs propres habitudes autour des plantes médicinales.
Selon les organisateurs, les relations entre les praticiens traditionnels et l’hôpital montrent justement que ces deux univers peuvent se côtoyer dans le parcours d’un même patient. Certaines personnes peuvent commencer par utiliser un traitement traditionnel avant de se rendre dans un établissement de santé, puis retourner vers un fundi après avoir constaté une amélioration.
Cette réalité soulève toutefois une question importante : les professionnels de santé ne connaissent pas toujours les produits utilisés par leurs patients. Or, certaines préparations à base de plantes peuvent présenter des interactions avec des médicaments conventionnels. Des consommations inadaptées peuvent également provoquer des intoxications.
Mieux documenter les pratiques traditionnelles permettrait donc de faciliter le dialogue entre les différents acteurs. L’objectif n’est pas nécessairement d’opposer médecine conventionnelle et médecine traditionnelle, mais plutôt de mieux connaître les pratiques réellement utilisées sur le territoire.
Les fundi au cœur de la transmission
Les fundi occupent une place centrale dans cette démarche. Ils détiennent une partie importante des connaissances concernant les plantes, leurs usages et certaines pratiques de soins. Mais la transmission repose encore largement sur la mémoire et la parole, ce qui rend ces savoirs particulièrement fragiles.
Le risque est notamment de voir certaines connaissances disparaître lorsqu’une génération de praticiens n’est plus en mesure de les transmettre. Les organisateurs du colloque soulignent également que les jeunes générations peuvent utiliser certaines plantes par imitation, sans toujours connaître précisément leur origine, leur préparation ou leur utilisation.
Yatru Malalao entend donc créer un espace où ces connaissances pourront être recueillies et mieux conservées. Des rencontres avec des praticiens ont déjà été organisées afin de recueillir leurs témoignages. Certains fundi ne pouvant pas se déplacer, des équipes sont allées directement à leur rencontre pour réaliser des reportages qui doivent être présentés lors du colloque.
Cette démarche donne une dimension concrète au projet. Il ne s’agit pas uniquement d’organiser une journée de conférences, mais de commencer un travail de fond autour de la mémoire et de la transmission des savoirs traditionnels mahorais.
Protéger les plantes autant que les savoirs
La préservation de la médecine traditionnelle passe aussi par la protection des ressources naturelles utilisées pour les soins. Certaines plantes médicinales sont récoltées directement dans les espaces naturels de Mayotte, parfois de manière excessive.
Cette situation pose un véritable problème à long terme. Si les ressources diminuent, les pratiques qui reposent sur ces végétaux risquent elles aussi de devenir plus difficiles à maintenir. La question environnementale devient donc indissociable de celle de la transmission culturelle.
Le colloque souhaite notamment rapprocher les praticiens des pépiniéristes afin d’encourager la production de plantes médicinales. L’idée consiste notamment à permettre aux habitants de cultiver certaines espèces chez eux plutôt que de les prélever systématiquement dans la forêt.
Cette approche peut contribuer à réduire la pression exercée sur les milieux naturels tout en favorisant la conservation des plantes utilisées dans les pratiques traditionnelles. Elle permet également d’envisager une transmission plus concrète auprès des jeunes générations, qui pourraient apprendre à reconnaître et à cultiver certaines espèces.
La protection de l’environnement devient ainsi un élément essentiel pour assurer la continuité de ce patrimoine médical et culturel.
Un colloque pour structurer les connaissances
Le premier colloque Yatru Malalao doit réunir plusieurs profils autour de cette thématique : praticiens, chercheurs, professionnels de santé, enseignants, collectivités et acteurs de l’environnement. Cette diversité doit permettre de croiser les expériences et de mieux comprendre les différents enjeux liés à la médecine traditionnelle mahoraise.
Trois tables rondes sont prévues autour de plusieurs thèmes : l’état actuel des connaissances, leur préservation et leur transmission, puis leur éventuelle valorisation. Des ateliers participatifs, des exposants et une démonstration consacrée à la médecine spirituelle doivent également compléter la journée.
Le projet ne se limite cependant pas au colloque. Des visites de terrain sont organisées auprès de différents acteurs, notamment un tradi-praticien spécialisé dans la physiothérapie et les massages thérapeutiques à M’Bouini, une masseuse à Hamouro, ainsi que des élèves travaillant sur les plantes médicinales à Bambo Ouest.
Le parc forestier de Coconi doit également servir de terrain d’observation botanique. Ces initiatives permettent de relier les discussions théoriques aux réalités vécues sur le territoire.